référence ES101

Discours sur la poésie et sur l’ode en particulier

Houdar de la Motte
49 francs
36 pages pliées agrafées
format 21 X 14

Un essai sur la poésie et sur l’ode comme seul un auteur du grand siècle pouvait l’écrire. Un opuscule de 36 pages.

Extrait 

Avant que de parler de l' ode, qui paroît ici mon premier sujet, j' ai crû devoir dire un mot de la poësie en général, pour lui réconcilier ceux qui sont trop prévenus contre elle, et les convaincre du moins, qu' elle n' est pas toujours dangereuse. J' exposerai ensuite mes conjectures sur l' ode, et sur les beautés qui lui conviennent. J' examinerai cet enthousiasme, ce beau désordre qu' on exige sur-tout dans l' ode héroïque, et même le sublime qui en doit être toujours l' objet ; et enfin comme une partie de cet ouvrage consiste en des imitations des anciens poëtes lyriques, j' en prendrai occasion de dire un mot de leur caractére ; à quoi je n' ajouterai que quelques réflexions sur les poëtes françois qui ont travaillé dans le même genre. Voilà tout l' ordre que je me suis proposé dans ce discours.

Au reste j' y prens la liberté de dire ce que je pense. Il seroit à souhaiter que chacun en usât de même. Après quelques contradictions qui en naîtroient, les sentimens raisonnables prendroient toujours le dessus ; au lieu qu' un respect outré pour les opinions établies, ne sert qu' à en éterniser les erreurs. La poesie a eu de tout tems ses censeurs et ses panégyristes. Les uns ont cru qu' elle n' étoit propre qu' à corrompre l' esprit ; les autres qu' elle avoit pour fin de l' instruire : mais les uns et les autres, au lieu de l' examiner en elle-même, se sont fondés sur l' usage différent que les hommes en ont fait. Ses panégyristes citent la morale et les solides instructions qui sont répanduës dans les poëtes : ils s' appuïent des odes de Pindare, et même de ces cantiques divins que les ecrivains sacrés nous ont laissés sur la grandeur et les bienfaits de Dieu.

Ses censeurs se récrient au contraire sur les fausses idées que les poëtes se sont formées de la vertu, et sur les fables extravagantes qu' ils ont debitées des dieux. [……..]